JOFFRIN Laurent

Laurent Joffrin, de son vrai nom Laurent Mouchard1,2, né le à Vincennes, est un journaliste français. Il collabore notamment à l'hebdomadaire Le Nouvel Observateur, dont il a été directeur de la rédaction de mars 2011 à mars 2014 ; il est actuellement directeur de la rédaction et de la publication du quotidien Libération.

Biographie

Famille

Laurent Joffrin est le fils de Jean-Pierre Mouchard, éditeur, propriétaire des Éditions François Beauval, devenu homme d'affaires, puis gestionnaire de fortune, aujourd'hui à la retraite, et de Chantal Michelet, morte en 19553. Son père est proche de Jean-Marie Le Pen4,5 et a longtemps contribué au financement du Front national6.

Son épouse, Sylvie Delassus7,8, est éditrice chez Stock depuis 2013 (précédemment chez Robert Laffont9).

Études et jeunesse militante

Il passe une partie de sa jeunesse au château de Moncé, que sa famille possédait à Limeray, près d'Amboise (Indre-et-Loire). Il est élève à Paris au collège Stanislas10.

Diplômé de l’Institut d'études politiques de Paris et licencié en sciences économiques, il milite aux Jeunesses socialistes, alors sous le contrôle du CERES. Membre du courant de Jean-Pierre Chevènement, il siège à la direction des MJS dans l'équipe de Jean-Marie Pernot. Il constitue le club « Socialisme et Université » avec des étudiants du CERES comme Denis Olivennes et ses amis du groupe ES du Panthéon (Patrick Weil, Éric Dupinetc.).

Membre du comité de rédaction de son organe, Le Crayon entre les dents (janvier 1976 - novembre 1978), il publie alors des articles sous le pseudonyme de Laurent André (ses deux prénoms) ou de Paul Helleme (pour les initiales LM). C'est sous ce dernier qu'il écrit en novembre 1976 un article sur la presse et la politique (« La droite, la presse, le PS »11) qui paraît aussi dans Presse-Actualité (le journal du milieu journalistique) et comprend une analyse critique du Nouvel Observateur et de ses relations ambivalentes avec le PS. Cet article soulève l'indignation de Philippe Viannay, à la fois administrateur du Nouvel Observateur et vice-président du Centre de formation des journalistes (CFJ).

Journaliste

Devenu journaliste, il prend ses distances avec le militantisme[réf. nécessaire].

Diplômé du CFJ en 1977, il entre à l'Agence France-Presse, qu'il quitte pour participer à la création d'un nouveau quotidien, Forum international12.

En 1981, il intègre la rédaction de Libération13. À l'origine du service économique avec Pierre Briançon, il incarne l'aile « moderniste » du journal. Il a ensuite dirigé le service Société avant de devenir éditorialiste et responsable de la page Rebonds, avec Serge Daney, Gérard Dupuy et Alexandre Adler.

Patron de presse

Conférence de presse de la rédaction de Charlie Hebdo dans les locaux de Libération le 13 janvier 2015 : (de gauche à droite) Gérard Biard, le dessinateur Luz, Patrick Pelloux et debout, Laurent Joffrin.

En 1988, c'est à Laurent Joffrin, journaliste de tendance sociale-démocrate, que Claude Perdriel fait appel pour succéder à Franz-Olivier Giesbert à la tête de la rédaction du Nouvel Observateur14. En 1994, il participe au programme Young Leaders organisé par la French-American Foundation15.

Il fait plusieurs passages d'un journal à l'autre : en 1996, il revient à Libération comme directeur de la rédaction, jusqu'en 1999 où il en part appelé par Claude Perdriel pour reprendre la direction du Nouvel Observateur. Le , il est nommé directeur de publication de Libération dans le cadre du plan de relance du journal proposé par ses actionnaires, dont Édouard de Rothschild, actionnaire de référence. Le journal est recapitalisé, avec l'entrée au capital de Carlo Caracciolo, fondateur de La Repubblica et son déficit est réduit16. À partir de 2009, il codirige le journal avec Nathalie Collin. Le journal retrouve l'équilibre puis les profits en 2009, et 2010. Le 17, il quitte Libération et prend pour la troisième fois la tête de la rédaction du Nouvel Observateur18, en plus de cette fonction, il codirige Le Nouvel Observateur à nouveau avec Nathalie Collin qui le rejoint courant 2011, ils succèdent à Denis Olivennes, parti à Europe 1.

À la suite du désengagement partiel de Claude Perdriel19, 20 et de l'entrée au capital du Nouvel Observateur de trois nouveaux actionnaires majoritaires, Pierre Bergé, Xavier Niel et Matthieu Pigasse en décembre 2013, il publie un éditorial faisant le point sur la situation21. Étant confronté à une baisse des ventes du Nouvel Observateur, « parfois critiqué en interne » et en désaccord avec les nouveaux actionnaires du titre — selon Le Point —, il démissionne du journal en mars 2014 tout en restant éditorialiste22. Sa démission ainsi que celle de Nathalie Collin23,24 est actée par un communiqué officiel du journal25.

Laurent Joffrin est non seulement actif dans la presse et l'édition, mais il est également présent régulièrement dans des médias tels que la radio ou la télévision. Il a participé en 1984 à la réalisation de l'émission Vive la Crise, produite par Pascale Breugnot, écrite par Jean-Claude Guillebaud et présentée par Yves Montand. Il a été chroniqueur sur France Inter pour un duel hebdomadaire avec Philippe Tesson, puis producteur, responsable de l'émission culturelle Diagonales. Il anime Les détectives de l'Histoire sur France 5, une émission d'enquête sur des faits marquants de l'histoire récente. À la radio, le rédacteur en chef de Libération intervient régulièrement sur l'actualité politique, notamment sur l'antenne de France Info où il débat à h 50 le lundi et le jeudi26 avec Sylvie Pierre-Brossolette du Point27 qui a pris la suite de Nicolas Beytout du Figaro depuis la campagne électorale de 2007. Il est invité de l'émission quotidienne C dans l'air sur la chaîne publique France 528,29.

Le , Laurent Joffrin est nommé directeur de la rédaction du journal Libération30.

Autres activités

Il est membre du conseil d'administration de l'association En temps réel31, une association pour le débat et la recherche. Il anime, par ailleurs, un club de réflexion politique Danton et était membre du club Le Siècle, avant de démissionner en mai 2011 et de l'accuser d'être une nouvelle oligarchie32. Ses positions en faveur de la Taxe Google depuis avril 2010 et d'Hadopi, lui attirent les critiques de certains médias tels que Numerama33 ou Acrimed34.

Rapport avec les hommes politiques

Le , lors de la présentation des vœux à la presse du président de la République retransmise en direct sur plusieurs chaînes de télévision, Nicolas Sarkozy prend longuement à partie Laurent Joffrin en répondant à sa question sur la « monarchie élective35 » et le lendemain, le directeur de Libération lui répond à son tour dans un éditorial36,37. En juillet 2009, le président français de l'époque revient sur cette interview dans un entretien accordé au Nouvel Observateur, en déclarant qu'il n'aurait plus ce genre de réaction aujourd'hui. « C’est un geste républicain » reconnut Laurent Joffrin sur France Inter, « mais je n’ai jamais demandé à ce qu’il s’excuse. Les journalistes ne sont pas au-dessus du commun des mortels. Nous polémiquons à chaque fois que l’on pense que c’est nécessaire, avec les uns et les autres — là avec le président de la République — et c’est normal qu’il réponde38. »

En 2015, le JDD affirme que Laurent Joffrin participe à la rédaction du discours que prononce François Hollande à l'occasion de la panthéonisation de Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Pierre Brossolette et Jean Zay, ce que le journaliste dément par la suite39.

En 2016, Laurent Joffrin soutient longtemps une nouvelle candidature de François Hollande affirmant que le président socialiste a tenu ses promesses avant de critiquer finalement ses erreurs après que celui-ci a renoncé à se présenter40.

Le père de Laurent Joffrin était l'un des meilleurs amis de Jean-Marie Le Pen, et, selon Marine Le Pen, Laurent Joffrin a fait une croisière lorsqu'il avait 25 ans avec son père et Jean-Marie Le Pen. Laurent Joffrin déclare pour sa part avoir rencontré deux ou trois fois Jean-Marie Le Pen dans les années 1970, dont une fois lors de vacances, mais dit qu'il était alors un jeune journaliste curieux de tout, qu'il a aussi rencontré des terroristes ou des braqueurs sans épouser leurs idées, et qu'il a toujours détesté les idées de Jean-Marie Le Pen41.

En mai 2018, un mois après la sortie du livre Les Leçons du pouvoir de l'ancien président de la République François Hollande, le magazine Challenges rapporte que des « éditeurs concurrents », jaloux du succès du livre, ont fait fuiter certaines informations et que Les Leçons du pouvoir aurait été écrit de A à Z par Laurent Joffrin. Ce dernier confirme avoir envoyé par erreur un mail au secrétariat d'Emmanuel Macron, nouveau président de la République, se trompant de destinataire. D'après lui, ce mail contenait l'introduction du livre Les leçons du pouvoir qu'il avait remaniée. Mais il nie avoir des droits sur le livre comme l'affirme Challenges : « Je n'ai pas de droits d'auteur sur ce livre. J'ai fait ça pendant une semaine seulement. Il n'y a aucun contrat, rien du tout ». Au départ, le livre devait se composer d'entretiens entre Hollande et Joffrin, et il comporte dans sa section « remerciements » cette mention de François Hollande : « J'ai également une pensée reconnaissante à l'égard de Laurent Joffrin pour son questionnement initial »42,43.

Critiques et affaires

En mars 1995, le journal satirique Le Canard enchaîné révèle que Jacques Chirac (alors maire de Paris et candidat à l’élection présidentielle française de 1995) est locataire à des conditions très avantageuses d’un logement dans le 7e arrondissement, alors un des quartiers les plus chers de la capitale. En avril 1995, Laurent Joffrin interroge Jacques Chirac sur le plateau de France 2 à ce sujet44. Sa question est longue de plus d'une minute44. Dans Les Nouveaux Chiens de garde (1997), son essai sur les collusions entre pouvoirs médiatique, politique et économique, Serge Halimi indique ironiquement qu'« il est arrivé que des candidats soient interpellés de façon plus rude45 ». Le narrateur du documentaire Les Nouveaux Chiens de garde, sorti en 2012, se basant sur l'essai de Serge Halimi, ajoute ironiquement que « Jacques Chirac est K-O debout ».

Dans ce même essai, Serge Halimi met en évidence un conflit d'intérêt concernant Laurent Joffrin, annoncé le 29 janvier 2005, « avec sans doute un zeste d’ironie46 » selon Le Figaro : « Le neuvième prix de la une de presse a été décerné au Nouvel Observateur […]. Le jury, présidé par Laurent Joffrin, directeur de la rédaction du Nouvel Observateur, a examiné plus de quatre cents unes avant de faire son choix46. »

Toujours dans le documentaire des Nouveaux Chiens de garde, il lui est reproché de faire partie d’« une poignée de journalistes interchangeables, qui sont chez eux partout44. »

Laurent Joffrin est une cible récurrente de l'association française de critique des médias, proche de la gauche antilibérale, Acrimed47,48,49.

En 2012, le documentaire DSK, Hollande, etc. réalisé par Pierre Carles, Julien Brygo, Nina Faure et Aurore Van Opstal, retrace la manière dont « la presse habituellement classée à gauche ou au centre-gauche50 » a successivement soutenu les candidatures de Dominique Strauss-Kahn et François Hollande lors de l'élection présidentielle française de la même année. Le film montre notamment la réaction de certains journalistes et patrons de presse, tels que Laurent Joffrin, face à leurs contradictions50.

Pour la journaliste Aude Lancelin, Laurent Joffrin fait partie des journalistes labellisés « de gauche », mais qui sont « en réalité entièrement acquis au néolibéralisme »51.

En mars 2019, la Lettre A, quotidien spécialisé dans les médias, révèle qu'un forum au Gabon a été financé principalement par un service de la présidence gabonaise. Le projet de forum, visait, selon Laurent Mauduit, à associer Libération à un plan de communication d’Ali Bongo, « pour redorer son blason ». En dépit d'un premier refus de la Société des personnels, celle-ci sous la pression de la direction du journal finit par s'incliner. Le quotidien aurait reçu 450 000 euros pour sa prestation, tandis que ses actionnaires auraient empoché trois millions d’euros:. Pierre Fraidenraich a présenté sa démission du groupe Altice après ces révélations. Lui et Laurent Joffrin, alors directeur de la rédaction, avaient été récemment entendus comme témoins dans une enquête ouverte par le Parquet national financier concernant cet événement52,53. Lors de la conférence qui suit la révélation de cette affaire, Laurent Joffrin concède devant une partie de la rédaction avoir été au courant d’un « important complément d’argent » versé à Libération, en violation, selon Robin Andraca, « des engagements pris par la direction auprès des représentants des salariés en 2015. »54 Fait exceptionnel, cette semaine Laurent Joffrin ne publie pas sa chronique quotidienne55. Réunis en assemblée générale, jeudi 28 mars, les salariés du journal décident de mettre au vote, lundi 1er avril, une motion de défiance à l’encontre de Laurent Joffrin56.

Publications

Laurent Joffrin à la foire du livre 2010 de Brive-la-Gaillarde.

Les aventures de Donatien Lachance, détective de Napoléon

 

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